Les Exercices de Saint-Ignace pour former des troupes d’élite

Saint Ignace

Marchant sur les traces des Pontifes [Léon XIII et Pie X], Nous avons cru bon de faire, Nous aussi, quelque chose, et Nous vous recommandons une pratique dont Nous attendons des avantages précieux et sans nombre pour le peuple chrétien. Nous voulons parler de l’usage des Exercices Spirituels.

Qu’il se répande dans l’un et l’autre clergé ! Qu’il se propage aussi chaque jour davantage dans la foule des laïques : tel est Notre voeu le plus ardent ; tel est le souvenir que Nous voulons laisser de l’année sainte à Nos fils bien-aimés.

Dans cette exhortation, Nous mettons tout Notre coeur, à la fin de cette cinquantième année de Notre ministère sacerdotal. Où trouver, en effet, plus de douceur que dans le souvenir des grâces célestes et des consolations ineffables que la pratique des Exercices Nous a fait goûter : les saintes retraites, que Nous avons suivies assidûment, n’ont-elles pas marqué en quelque sorte les étapes de Notre carrière ? N’est-ce pas là que Nous avons trouvé la lumière pour connaître la volonté divine et le stimulant pour l’accomplir ? Enfin le soin que Nous avons donné, durant tout le cours de Notre ministère sacerdotal, à la formation spirituelle du prochain, a produit, grâce aux Exercices, des fruits si beaux, un progrès si étonnant, que Nous voyons dans les Exercices un instrument incomparable pour le salut éternel des âmes.

Et, en vérité, Vénérables Frères, l’importance, l’utilité et l’opportunité des saintes retraites apparaissent de bien des manières, pour peu que Nous considérions le temps où Nous vivons. Le mal le plus grave dont il souffre, source en misères féconde, que déplore tout coeur bien né, c’est cette légèreté, cette absence de réflexion, cause des égarements des hommes.

De là le besoin sans répit ni mesure de se répandre au dehors, de là cette faim insatiable de richesses et de plaisirs qui atténue peu à peu dans le coeur humain le désir des biens supérieurs, au point de l’éteindre, et qui l’engage tellement dans les biens extérieurs et passagers que les vérités éternelles, les lois divines, Dieu Lui-même, unique principe et fin unique de toute créature, sortent nécessairement de sa pensée.

Heureusement, ce Dieu infiniment bon et miséricordieux, ne cesse pas, même en nos jours, d’attirer à Lui les hommes, à mesure que se propage partout le dérèglement des moeurs ; et puisqu’il faut guérir le mal qui travaille st douloureusement la famille humaine, quel remède plus efficace et plus fortifiant pour ces pauvres âmes anémiées et oublieuses des biens éternels que la pieuse pratique des Exercices Spirituels à laquelle Nous les invitons ?

Saint Ignace2

st_ignatius_of_loyola_1491-1556_founder_of_the_jesuitsEn vérité, ces Exercices ne seraient-ils qu’une brève retraite de quelques jours, où, loin du commerce ordinaire des hommes et du flot des soucis quotidiens nous puissions, non certes prendre des vacances oisives mais examiner sérieusement ces questions capitales et troublantes de notre origine et de notre fin, ces questions qui ont toujours agité le coeur humain dans ses profondeurs : «D’où venons-nous ? Où allons-nous ?», qui oserait dire que les Exercices ne sont pas d’une haute utilité ?

Nous leurs devons des bienfaits plus grands encore : en obligeant notre esprit à l’effort, à un examen attentif de nos pensées, de nos paroles et de nos actes, à une introspection diligente, ils font faire aux facultés humaines un merveilleux exercice : dans cette remarquable gymnastique spirituelle, l’esprit s’habitue à résoudre les problèmes à loisir, à peser avec justesse; la volonté devient ferme et vigoureuse; les passions se soumettent à la raison; l’activité humaine reçoit de la pensée une règle sûre et efficace; enfin, l’âme tout entière atteint les hauteurs de sa noblesse originelle.

(…) Cette plénitude de vie chrétienne que nous donnent, Nous l’avons vu, les Exercices, n’a pas pour unique fruit la paix intérieure de l’âme. Un autre fruit en découle tout naturellement, fruit précieux et d’un profit peu commun pour la Société : c’est le zèle pour le salut des âmes, l’esprit d’apostolat.

L’effet propre de la charité, dans une âme juste que Dieu remplit de sa grâce, n’est-il pas en effet, de l’enflammer d’un zèle merveilleux pour appeler les autres âmes à venir partager cette connaissance et cet amour du Bien infini dont ses efforts lui ont assuré la possession ? Or, voyez : dans notre siècle de misère spirituelle pour la famille humaine, les terres lointaines des Missions, «déjà toutes blanches pour la moisson» (Jo. IV. 35), réclament chaque jour plus haut un nombre d’ouvriers égal à leurs besoins; et nos propres pays réclament des troupes d’élite de l’un et de l’autre clergé pour accomplir dignement le ministère divin, et des bataillons serrés de pieux laïques qui, étroitement unis à la hiérarchie, l’aideront dans son apostolat et se consacreront, avec une industrieuse activité, aux tâches laborieuses et multiples de l’Action Catholique.

Eh bien! Vénérables Frères, fort des leçons de l’histoire, Nous saluons les maisons des saints Exercices comme autant de Cénacles dus à la divine Bonté, où les coeurs généreux, fortifiés par la grâce, éclairés par le flambeau des vérités éternelles, et touchés par les exemples du Christ, voient clairement le prix des âmes, sentent s’allumer en eux la flamme du zèle, brûlent de servir dans l’état où une sage élection leur montre que leur créateur les appelle, et où ils apprennent, en même temps, l’idéal, les industries, les hauts faits de l’apostolat chrétien.

Pape Pie XI – Encyclique Mens Nostra (1929)

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