Qu’attendre encore de la France ?

France-Israel

Une résurrection ! Ce ne peut être oeuvre d’homme. « Quels décrets le grand Etre, devant qui il n’y a rien de grand, a-t-il prononcé sur la France ? » Les amis de Dieu nous ont apporté des paroles de miséricorde, mais pour la chrétienté, des paroles de salut, mais pour l’Eglise. Et la France ? J. de Maistre « aimait à croire qu’elle avait encore quelque chose à faire en ce monde », et conséquemment que Dieu lui ferait la grâce de la ressusciter.

« Elle est encore sous l’anathème, disait-il, mais je crois toujours qu’elle est réservée à quelque grand rôle. »

Toujours il espérait que, dégagée de ses erreurs, elle marcherait ensuite à grands pas vers le plus haut point qu’elle ait jamais atteint. « Je vois les Français qui s’avancent vers une gloire immortelle ». Quanta nec est, nec erit, nec visa prioribus annis.

Toutes les fois qu’il entrevoyait pour le monde un meilleur avenir, il disait toujours «Tout se fera par la France». Sans doute nous ne devons point lui accorder le don d’infaillibilité, mais ses prévisions ont été si souvent réalisées, et celle-ci répond si bien au voeu le plus ardent de notre coeur, que nous ne pouvons ne pas lui accorder crédit.

Il n’est point seul d’ailleurs à nous donner espérance.

Un grand serviteur de la Papauté, le cardinal Pacca, célèbre par son courage et sa fière attitude pendant la persécution de Napoléon, avait déploré dans le temps de ses deux nonciatures à Cologne et à Lisbonne, le déplorable état d’esprit où il avait vu la noblesse émigrée, continuant à professer hautement les maximes philosophiques qui avaient amené la catastrophe.

Cette vue ne lui fit point cependant désespérer de la France. Arrivé à l’âge de 87 ans, il fut invité à prononcer, le 27 avril 1843, le discours d’ouverture de l’Académie de la religion, à Rome. Il prit pour thème L’Etat actuel et les destinées futures dc l’Eglise catholique. Ce discours fut un événement et il fut aussitôt traduit en plusieurs langues et publié dans les diverses contrées de l’Europe. Après avoir rappelé l’union étroite de l’Eglise des Gaules avec l’Eglise de Rome dès les premiers siècles du christianisme, il fit le tableau de la lutte engagée à ce moment là même, sous le gouvernement de Juillet, entre les fils de la Révolution et les fils de l’Eglise, et il dit : « Pour moi, il me semble que le Seigneur, enfin apaisé, destine aujourd’hui la France à être l’instrument de ses divines miséricordes. Il veut qu’elle répare elle-même les maux nombreux qu’elle a causés au monde dans le siècle passé et dans celui-ci. »

« La France est nécessaire au monde », a écrit Léon XIII dans une lettre aux Canadiens ; et un Anglais, Edmund Burke, en avait donné précédemment cette raison « La destruction de la France serait l’anéantissement de la civilisation chez toutes les autres nations» ; « L’abrutissement irrévocable de l’espèce humaine », a dit Joseph de Maistre.

Louis Blanc a rapporté un propos semblable d’un autre Anglais qu’il appelle « le plus profond penseur de l’Angleterre moderne » « Dieu veuille que la France ne vienne jamais à manquer au monde, le monde retomberait dans les ténèbres ». D’autre part, l’Eglise de Dieu resterait sans défenseur; et comme on l’a dit : « L’Eglise sans défense ici-bas finirait comme elle a commencé, en méritant les palmes du martyre. Si cette fin n’est pas proche, Dieu se lèvera et viendra à notre secours. »

Notre âme saisit toutes ces paroles, émanation de la pensée d’amis, d’étrangers et même d’ennemis, et s’y attache comme le naufragé se jette sur une épave.

Car la France est vraiment en naufrage comme en plein océan. Sa natalité diminue d’une manière effrayante, alors que s’accroît celle de tous ses voisins ; sa virilité s’énerve dans le bien-être et le plaisir ; ses idées qui ont cours sont en toutes choses à l’opposé du vrai comme du bon sens ; comment pourrait-elle se sauver elle-même ?

Mgr Delassus – La conjuration antichrétienne (1910)

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