1789 : renvoi du Christ, admission des juifs !

1789bis

Deux faits d’une incalculable gravité se juxtaposent au début de la révolution française : le renvoi du Christ et l’admission des juifs.

Racontant tout au long de ce livre, dans les plus minutieux détails, la manière dont ces deux faits ont été amenés et se sont produits, nous nous bornons ici à présenter leur formule précise. Premier fait historique : Le Christ rejeté en tête de la Déclaration des droits de l’homme ; Second fait historique : Les juifs admis dans la société, en vertu de cette même Déclaration des droits.

Ces deux faits, enchaînés l’un à l’autre, rappellent un contraste douloureux du passé : la préférence donnée à Barabbas sur Jésus ; conséquemment l’échange de Barabbas contre Jésus, puisque l’auguste fils de David appartenait, en propre, au peuple d’Israël, par son sang, ses miracles, son patriotisme. Ils rappellent cette préférence, cet échange ; hélas ! ils devaient aussi faire entrer le peuple français dans des phases de déception, de décadence et d’appauvrissement, où les juifs ont marché les premiers.

Un mot sur cette primauté malheureuse. L’immense clameur : Que son sang retombe sur nous et sur nos enfants ! n’a pas été, pour le peuple juif, l’épisode le plus calamiteux de la Passion, quoiqu’il ait été le plus grave. La raison en est qu’ici-bas le sang du Christ n’exclut personne de ses effluves de miséricorde et de tendresse. Il purifie, en rosée d’amour et de rafraîchissement, les juifs aussi bien que n’importe quels autres hommes, dès que ces pauvres aveugles, se souvenant de la bienheureuse Passion (suaves et consolantes expressions de la sainte Liturgie), consentent à profiter du sang divin. L’épisode le plus calamiteux de la Passion, source d’ignominies et de désastres pour le peuple d’Israël, a été la préférence donnée à Barabbas sur Jésus.

Le Juste, le bienfaiteur de la Judée, est mis en parallèle avec un infâme voleur et assassin. Une indescriptible vocifération désigne la préférence : Barabbas ! Pilate insiste pour donner aux juifs le temps de revenir sur leur choix. Avec plus de fureur, ils lui répondent : Pas celui ci, mais Barabbas ! Ces hommes, dont l’exaspération ne connaît plus de bornes, ne daignent même pas dire JÉSUS, prononcer son nom, tant il leur semble que le prononcer souillerait leur bouche ; ils s’écrient : CELUI-CI ! non, nous n’en voulons plus ; c’est Barabbas que nous choisissons !

Les résultats de l’échange ne se sont pas fait longtemps attendre. Autrefois, Israël était une nation très noble, ayant grande figure, nonobstant ses défauts combattus par Moïse et les Prophètes. Mais si, depuis dix-neuf siècles, ô israélites de la dispersion, vous avez été réputés pillards et trompeurs, si vous avez été considérés comme gens de rien et de rapine, si l’accusation d’homicide contre les chrétiens vous a été même, parfois, adressée, vous supportez, en cette transmission dégradante, la conséquence du choix fait par vos ancêtres, devant Ponce-Pilate. Au royal fils de David, n’ont-ils pas préféré un voleur; au sceptre, n’ont-ils pas préféré des fausses clefs ?…

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Une préférence, non pas aussi catégorique, amenée peut-être subrepticement, mais non moins déplorable, devait, un jour, s’étaler dans l’histoire du peuple de France. Elle devait, également, impliquer un échange. Nous l’avons désignée ainsi : Le Christ rejeté et les juifs admis dans la société. On avait crié en Judée : Grâce pour Barabbas, mort au Christ ! On devait décréter en France : Renvoi du Christ, entrée des juifs ! Les lois ont été l’expression de ce contraste lugubre. Les lois manifestent les pensées et les volontés d’un peuple. Si, à une heure de la vie du peuple français, les mêmes lois ont dit au Christ : Sortez ! et aux juifs : Entrez ! un grand méfait a été commis. L’échange, pour la France, ne sera que trop réel : en lui ôtant le Christ, on lui donne les juifs ! Quelle disproportion, ô ciel!

Jeff Koons Honored At French-American Foundation GalaLe Christ rejeté du nouvel ordre social tandis que les juifs y sont admis : lugubre et pénible contraste, affront à la Divinité qui ne s’est pas accompli, comme à Jérusalem, dans l’effervescence d’une matinée, mais à la longue, avec un calme effrayant, après une série d’événements amenés par une logique inexorable. Cet affront n’a pas été un acte criminel, explicite et rapide comme le fut la préférence de Barabbas sur Jésus ; mais il a été la conséquence d’idées criminelles, de doctrines criminelles, attendu que, depuis le christianisme, les peuples ne se conduisent que par les idées.

L’affront et le contraste ont descendu, lentement et graduellement, des gestes de la Constituante, dans les gestes du pays, se sont étendus comme une tache sombre, et maintenant qu’aperçoivent, bon gré mal gré, tous les yeux ? Ceci : le Christ rejeté bruyamment de partout, et les juifs admis superbement partout. Pour l’expansion douloureuse du contraste, la Providence a permis un siècle !

Au nombre des personnes qui furent spectatrices et aussi victimes de la sombre tragédie de la fin du siècle dernier, une seule, peut-être, pressentit, avec son intuition de femme chrétienne et de princesse de France, ce qui allait advenir; nous voulons parler de Madame Elisabeth. Le lendemain de l’admission des juifs à tous les emplois par l’Assemblée constituante, la royale princesse écrivait en ces termes à madame de Bombelles : « L’Assemblée a mis hier le comble à toutes ses sottises et ses irréligions en donnant aux juifs le droit d’être admis à tous les emplois. Je ne puis te rendre combien je suis en colère de ce décret. Mais Dieu a ses jours de vengeance, et s’il souffre longtemps le mal, il ne le punit pourtant pas avec moins de force. »

Et encore la pieuse princesse n’entrevit-elle qu’une partie de la vérité ! Elle signale, à propos des irréligions de l’assemblée qui excitent sa colère, l’entrée des juifs, elle ne songea pas au contraste avec le renvoi du Christ.

Abbé Joseph Lemann (juif converti au catholicisme), Les juifs dans la révolution française, 1889.

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