L’islam jugé à sa racine

Racines

L’islam a-t-il des racines ?

L’islam n’a point la prétention d’être une religion nouvelle et sans antécédents. Tout au contraire il prétend n’être que la continuation et la restauration du monothéisme d’Abraham. Il importe avant tout de juger dans quelle mesure cette prétention est fondée. Si en effet Mahomet ne peut pas rattacher sa religion aux religions antérieures, comme il reconnaît que celles-ci étaient réellement divines, il rend témoignage contre lui-même.

Le rapport avec le passé est, de tous les caractères d’une religion, celui qui peut être le plus difficilement inventé quand il n’est pas réel. On peut supposer des miracles ; on ne peut pas se créer des ancêtres quand on n’en a pas. Voyons donc comment Mahomet essaie de se rattacher au passé.

Comment l’islam récupère le passé

Mahomet déclare qu’il veut rétablir la religion d’Abraham, altérée par l’idolâtrie. Mais entre Abraham et Mahomet il s’était produit deux grands faits, dont il était nécessaire de tenir compte. Il y avait eu l’établissement de la loi de Moïse et la fondation du christianisme.
Les juifs et les chrétiens étaient en querelle sur la question de la venue du messie : les chrétiens disaient qu’il était venu et le reconnaissaient dans la personne de leur fondateur ; les juifs l’attendaient encore.

Il était impossible de ne pas prendre parti dans leur querelle.

Question centrale : le messie

Mahomet pouvait prendre trois attitudes différentes :

– il pouvait se donner comme étant lui-même le Messie et essayer de rallier à lui les juifs qui refusaient de reconnaître Jésus-Christ ;
– il pouvait se donner comme un précurseur du Messie ;
– il pouvait au contraire prendre parti dans la querelle pour les chrétiens contre les juifs, reconnaître Jésus-Christ comme le Messie et se donner lui-même comme un prophète postérieur.
Se poser en Messie était impossible par diverses raisons. D’abord il n’aurait pas été accepté par les juifs. Les prophéties étaient trop formelles. Le Messie devait descendre de David. Un descendant d’Ismaël, exclu des promesses, ne pouvait remplir ce rôle, et l’orgueil national des juifs, appuyé sur des paroles aussi claires, n’aurait jamais cédé. D’autre part, se déclarer le Messie, c’était se faire juif, c’était constituer une religion dont la base aurait reposé sur Israël. Or, ce que Mahomet voulait, c’était faire un monothéisme arabe où sa race fût la maîtresse. Les mêmes raisons s’opposaient à ce que Mahomet se posât comme précurseur du Messie. Cela aurait été préparer la voie à un Juif, faire une œuvre provisoire et laisser à un Juif la fondation du culte définitif de l’humanité. Le troisième parti était le seul possible, ce fut celui que choisit Mahomet.

Les prétentions de Mahomet

Il reconnut formellement que le Messie était venu en la personne de Jésus-Christ. Mais il ajouta que l’œuvre de Jésus-Christ, avait été corrompue par ses disciples, que l’idolâtrie et le polythéisme s’y étaient glissés. Afin de réparer et d’achever l’œuvre commencée, Dieu avait choisi un prophète supérieur au Messie lui-même et destiné à fonder une religion définitive qui réconcilierait juifs et chrétiens, et réunirait toutes les sectes dans une croyance commune. Ce dernier prophète c’était lui-même, et cette religion définitive c’était l’islam, la dernière venue mais la meilleure des religions, celle que toutes les autres avaient préparée et qui devait triompher de toutes les erreurs et détruire toutes les idoles.

Ce beau système a-t-il une base ?

Il y avait dans cette idée une certaine grandeur. Cette situation de Mahomet, dernier prophète, achevant l’œuvre commencée par Abraham, Moïse et Jésus-Christ, était au premier aspect simple et logique. Il y avait néanmoins une condition essentielle pour qu’un tel système fût admissible. Il fallait que les prophètes successifs, dont le dernier était Mahomet, eussent enseigné des doctrines concordantes ; les dernières révélations ne devaient pas contredire les premières. Il fallait qu’Abraham, Moïse et Jésus-Christ pussent être considérés comme des musulmans, croyant au moins implicitement à la doctrine de l’islam.

Pour Abraham et Moïse, cela était admissible. Le mahométisme, quant aux dogmes, ne diffère guère du judaïsme. Les différences sont liturgiques et rituelles. Mahomet, tant qu’il a espéré ramener les juifs, s’est rapproché beaucoup de leur culte. Dans les premiers temps de son séjour à Médine, la Qibla, le lieu central vers lequel on se tourne pour prier, était à Jérusalem ; ce n’est que plus tard que Mahomet, se séparant des juifs et se rattachant plus étroitement aux traditions nationales des Arabes, fit de la Mecque le centre religieux du monde musulman.
Mais il était tout autrement difficile de faire cadrer l’islamisme avec le christianisme, et de faire de Jésus-Christ un musulman précurseur de Mahomet.

Mahomet contre l’histoire

L’islam exclut formellement les grands dogmes chrétiens de la Trinité et de l’Incarnation. Aux yeux de Mahomet, qui les connaissait et les comprenait fort mal, ces dogmes étaient un véritable polythéisme aussi coupable que l’idolâtrie des Grecs anciens et que le sabéisme des Arabes nomades.

Il fallait donc supposer que Jésus-Christ n’avait pas enseigné ces dogmes, et que c’étaient des superstitions surajoutées par ses disciples à un enseignement de monothéisme simple, semblable à celui de l’islam. C’est ce que fit Mahomet.

Mais ce que Mahomet a supposé, de bonne ou de mauvaise foi, pour le besoin de sa cause, nous, qui connaissons l’Évangile, nous ne pouvons l’admettre. Les dogmes de la Trinité et de l’Incarnation sont l’essence même du christianisme. Ils sont primitifs. Ils sont l’exprès enseignement de Jésus-Christ et des Apôtres. Le Fils unique de Dieu égal à son Père, adoré conjointement avec le Père, c’est la doctrine primordiale des chrétiens ; c’est pour la gloire du Fils et l’adoration qui lui est due qu’ils ont souffert le martyre autant, sinon plus, que pour la gloire du Père éternel.

En invoquant Jésus, l’islam s’autodétruit

Dès lors, la théorie des religions établie par Mahomet s’écroule par sa base. Son christianisme est tout différent du vrai christianisme.

Il reconnaît dans Jésus le messie, et ne reçoit pas son enseignement. Il déclare que Jésus a été un grand prophète envoyé par Dieu, qu’il a fait de grands miracles, et il contredit directement l’enseignement de Jésus-Christ. Cette contradiction formelle détruit le système et montre que c’est en vain que Mahomet essaye de rattacher sa religion à la tradition monothéiste antérieure.

Le grand dilemme de l’islam : comment si situer face au messie ?

Mahomet ne peut pas abolir l’idée d’un messie personnel ; cette idée est le fond même de la tradition juive. Il ne peut pas se déclarer le messie, ni le précurseur du messie ; il faut que le Messie soit venu avant lui. (Pour pouvoir fonder une religion définitive, il faut être débarrassé de l’attente d’un Messie futur.) Mais avant lui il n’y a, pouvant remplir le rôle de Messie, qu’un seul personnage, Jésus-Christ, celui même dont il contredit l’enseignement et dont il cherche à détruire le règne et la religion. Le reconnaître comme Messie et le combattre, c’est porter témoignage contre soi-même. Mais d’autre part, ne pas le reconnaître c’est se faire juif.

Mahomet n’a pas pu sortir de ce dilemme, il n’a pas pu trouver une situation intermédiaire entre celles des juifs et des chrétiens. Ou plutôt nous pouvons dire qu’il a trouvé cette situation intermédiaire grâce à sa propre ignorance et à celle de ses disciples. Mais tout cet échafaudage disparaît devant la vraie histoire, et l’islam, privé de ces appuis factices, reste une religion sans ancêtres, une création bâtarde qui ne peut être rattachée à la tradition d’Abraham et des prophètes, tradition dont cependant elle reconnaît l’autorité.

D’après Paul de Broglie (1834-1895), Problèmes et conclusions de l’histoire des religions, Paris, 1885.

C’est ainsi qu’un grand historien des religions, analysait l’islam à la fin du XIXe siècle. Sans donner de réponse définitive, il faisait ressortir deux problèmes essentiels de l’islam : historiquement, l’islam tel qu’il se raconte est incohérent. Ses racines sont visiblement falsifiées. Religieusement, l’islam est en porte-à-faux sur la question centrale : celle du messie. C’est ce problème que la thèse du Père Edouard Gallez a essayé de résoudre.

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