L’unique profession de foi des protestants

Martin Luther

Que croient les protestants ?

Veut-on savoir quelle est leur profession générale au 19eme siècle comme au 16eme ? Elle peut être exposée sur une carte de visite. La voici : « Je crois en moi ; et je proteste contre l’Église romaine. »

Je crois en moi ; voilà la souveraineté radicale de la raison individuelle.
Je proteste contre l’Église romaine : voilà sa déclaration d’indépendance.

Ce sont les seuls dogmes qui soient et qui puissent être communs entre les protestants. Après cela, on peut croire telle ou telle chose, pourvu qu’on les croie par la foi qu’on a en soi-même ; on peut protester sur plus ou moins d’articles, pourvu qu’on proteste. Ainsi, les luthériens, qui soutiennent encore que Jésus-Christ est Dieu, et les pasteurs calvinistes de Genève, qui, en 1817, excommunient ceux qui osent le soutenir, bien qu’en contradiction les uns avec les autres, sont également protestants, parce qu’ils croient également chacun en soi et qu’ils protestent également contre l’Église catholique.

Temple de la raison individuelle

Pour rendre la chose plus sensible, prenez, comme les disciples de Luther ont fait, prenez une église catholique, ôtez-en le signe du Chrétien, l’autel du sacrifice, en un mot tout ce qui pourrait donner une idée de religion, n’y laissez que les quatre murs, et vous aurez un temple protestant, au frontispice duquel vous pourrez placer en grosses lettres : Temple de la raison individuelle.

Pour en faire la dédicace, invitez quiconque croit en soi et proteste contre l’Église romaine. « O sublime raison de mon individu ! je crois en toi et je t’adore, s’écriera chaque fidèle en entrant ; c’est toi seule qui règnes dans ce temple ! C’est toi, toi seule, qui m’y apprends si je dois croire à la bible, et puis ce qu’elle veut me dire. Reçois donc pour toujours mes hommages et ma foi ! » Puis après avoir ainsi proclamé le symbole commun à tous, chacun fera son acte de foi individuelle.

Le luthérien dira : En vertu de mon libre examen, je conclus que la bible est un livre divin, et j’y vois clairement que, dans le moment de la sainte cène, on reçoit réellement le corps du Christ dans la main, ou sous le pain, ou avec le pain ; mais je proteste contre la transsubstantiation des romains.
Le zwinglien ou le calviniste répondra : Moi aussi, après avoir librement examiné, j’ai reconnu la divinité des Écritures saintes, et j’y vois plus clair que le jour que dans la cène, au lieu du Christ, on ne reçoit que sa figure et son souvenir ; en conséquence, je proteste contre la présence réelle des papistes.
Le nouvel arien ou socinien continuera : Oui, la bible est un ouvrage infiniment respectable ; aussi après l’avoir librement scruté, mon esprit y a découvert que les mystères de la foi ne sont que des figures de rhétorique, et que le Christ est seulement un grand prophète ; en foi de quoi je proteste contre le Dieu-Homme des catholiques.
Le déiste, à son tour : Sans doute, messieurs, la raison de chaque homme est sa souveraine règle ; or, la mienne me dit qu’elle se suffit à elle-même ; par conséquent, je proteste contre tout ce que l’Église romaine nous débite sur les Écritures, les prophéties et les miracles.
Ensuite le matérialiste : Qu’il est beau de voir ainsi proclamer les droits souverains de la raison de chaque individu ! Oui, messieurs, c’est à ma raison seule d’examiner, de juger, de réformer les opinions, même les plus universelles et les plus anciennes : je proteste donc hautement, en vertu de ma suprématie intellectuelle, contre l’immortalité, le paradis et l’enfer de la superstition pontificale.
Que je suis ravi de vous entendre ! s’écriera l’athée. Vous reconnaissez donc avec moi que la première de toutes les vérités, c’est que mon intelligence est à elle-même son centre, sa lumière, sa loi et son juge : en récompense, apprenez la découverte consolante qu’elle a faite ; de même que nos esprits ne reconnaissent rien au-dessus d’eux, de même l’univers n’a point de maître : je proteste donc de tout mon être et contre le fanatisme de Rome et contre le Dieu qu’elle nous prêche.
Fort bien ! reprendra l’anarchiste, le communiste, tous vous convenez que le premier article de la charte humanitaire, c’est la souveraineté irresponsable de ma raison, aussi l’humanité va-t-elle me devoir son bonheur : je vois avec une évidence irrésistible que la source principale et funeste de tous les maux et de tous les crimes, c’est le prétendu droit de propriété, et plus encore de souveraineté. Je proteste donc, non plus seulement de tout mon cœur, mais de tout mon bras et de toute mon épée, contre cette momie romaine, qui, aujourd’hui comme toujours, veut qu’on respecte le droit des souverains et des propriétaires.
A merveille ! conclura le sceptique. Vous m’assurez tous de concert que je ne dois écouter que moi-même, et que c’est mon esprit qui doit tout juger en dernier ressort, même ce que vous venez de dire : je vous déclare donc, après avoir tout librement examiné, qu’il n’y a rien de certain au monde : conséquemment, je proteste, non-seulement contre l’Église romaine, mais encore contre ceux qui protestent contre elle, et enfin contre moi-même.

Où mène le principe protestant ?

Le principe du protestantisme, le principe du libre examen et de la suprématie de l’esprit privé une fois admis, il est impossible de ne pas avouer toutes ces conséquences, impossible de ne pas les envisager comme de simples nuances, comme des évolutions progressives de la réformation protestante ; et à toutes ces professions du luthéranisme, de calvinisme, de socinianisme, de déisme, de matérialisme, d’athéisme, de communisme, d’anarchisme, de scepticisme, un protestant qui veut être conséquent avec soi-même n’a d’autre réponse à faire que de dire : Amen.

D’après l’Abbé Rohrbacher (Histoire universelle de l’Église catholique, livre 84)

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