Quand saint Jean Chrysostome exaltait le baptême de sang

saint Jean Chrysostome

Nous trouvons la vie insupportable, nous sommes troublés, impatients, nous nous fâchons comme de petits enfants, nous nous figurons que le feu de l’enfer né saurait être plus cruel; et voilà les martyrs, en proie non pas au feu de la fièvre, mais à une flamme, qui les assiège de toutes parts, à des étincelles qui sautent sur leurs blessures, et qui dévorent ces plaies d’une manière plus cuisante que la dent des bêtes les plus féroces; et eux, comme s’ils étaient de diamant, comme s’ils voyaient tout cela se produire sur le corps d’autrui, ils demeurent avec générosité, avec le courage conforme à leur devoir, fermement attachés aux paroles de leur croyance, inébranlables au milieu de tous les maux, et donnant une preuve éclatante de leur courage et de la grâce de Dieu. Vous avez vu souvent, au point du jour, le soleil se lever, et darder ses rayons d’or; eh bien ! tels étaient les corps des martyrs, lorsque des ruisseaux de sang s’échappaient tout alentour, comme autant de rayons vermeils, et jetaient sur leurs corps un éclat bien plus vif que le soleil n’en répand dans le ciel. A la vue de ce sang, les anges se réjouissaient, les démons frissonnaient, et Satan lui-même tremblait. Car ce n’était pas simplement du sang qu’ils voyaient, mais un sang salutaire, un sang sacré, un sang digne des cieux, un sang qui arrose continuellement les belles plantes de l’Eglise. Satan vit donc ce sang, et il frissonna : c’est qu’il se rappelait un autre sang, celui du Maître : c’était pour ce sang-là que celui des martyrs coulait; car depuis le jour où le flanc du Maître fut percé, vous voyez des milliers de flancs percés comme le sien. (…)

Mais quand ils ont quitté cette vie, ils montent aux cieux, précédés par les anges, escortés par les archanges; car les anges et les archanges ne rougissent pas de les avoir pour compagnons dans le service de Dieu; ils sont prêts à tout faire pour eux, puisque ceux-ci ont été prêts à tout souffrir pour Jésus-Christ leur maître commun. Lors donc qu’ils montent au ciel, toutes ces saintes puissances du ciel accourent au-devant d’eux. Si, en effet, lorsque des athlètes étrangers arrivent dans une ville, on voit tout le peuple affluer de toutes parts, les entourer, et considérer la beauté de leurs membres; à plus forte raison, quand les athlètes de la foi montent au ciel, les anges accourent-ils, et toutes les puissances célestes affluent-elles de tous côtés, pour considérer leurs blessures; alors les martyrs sont accueillis et salués avec joie comme des héros qui reviennent de la guerre et du champ de bataille à la suite de plusieurs victoires et chargés de trophées; ils sont, par un cortège nombreux, conduits au Roi des cieux, au pied de ce trône d’où déborde une gloire infinie, là où les chérubins et les séraphins ont leur demeure. Parvenus en ce lieu, ils adorent celui qui est assis sur le trône, alors ils trouvent auprès du Maître un accueil plus bienveillant encore qu’auprès de leurs compagnons dans le service de Dieu. (…)

N’avez-vous pas eu jusqu’ici horreur du martyre ? Et maintenant, ne le désirez-vous pas ? Ne gémissez-vous pas à présent de ce que l’occasion ne s’en présente point ? Aussi, exerçons-nous en vue de cette occasion. Ils ont méprisé la vie : méprisez la mollesse ; ils ont livré leur corps au feu : livrez maintenant vos biens entre les mains des pauvres ; ils ont foulé aux pieds les charbons ardents: et vous, éteignez la flamme de vos passions. Tout ceci est pénible, mais profitable. Ne considérez pas les incommodités présentes, mais les avantages à venir, non les maux actuels, mais les biens en espérance, non les souffrances, mais les récompenses, non les travaux, mais les couronnes ; non les sueurs, mais le salaire, non les douleurs, mais la rétribution, non le feu qui vous brûle, mais le royaume qui vous est proposé, non les bourreaux qui vous entourent, mais le Christ qui vous couronnera.

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