Transhumanisme et cerveau

Du 13 au 19 mars s’est tenue dans une trentaine de villes, la 19ème édition de la Semaine du cerveau, avec de nombreuses conférences et des débats ouverts au public. Il est difficile de rendre compte de tous les travaux qui d’ailleurs n’ont pas encore été publiés. Chaque université a pris un thème différent. Nous ne prendrons très brièvement en compte que les conférences organisées à l’Institut Pasteur sur le thème Neurosciences et transhumanisme : Cerveaux réparés et cerveaux augmentés. Sujets que j’ai traités dans mon dernier ouvrage : La fin de l’espèce humaine.

Le directeur du département de Neuroscience à l’Institut Pasteur, Jean-Marie Lledo, a parlé du cerveau augmenté. À ce jour il est possible de décrypter les pensées ou plutôt, les états mentaux. Et notamment, d’éliminer les souvenirs s’ils sont traumatisants, ou de créer de faux souvenirs. Par ailleurs on comprend de mieux en mieux les maladies dégénératives comme  la maladie d’Alzheimer. Il a parlé de la réalisation du cerveau artificiel contre lequel je mettais en garde il y a cinq ans : l’Human Brain project veut aboutir à créer un cerveau artificiel par le numérique. Dans quel but ? Théoriquement aboutir à l’augmentation des capacités du cerveau humain de manière artificielle. Or, il y a 100 milliards de neurones dans le cerveau humain. Chacun comporte 20.000 connexions appelées synapses. Chaque synapse peut transmettre entre 20.000 et 50.000 informations chaque seconde par ses connexions à d’autres synapses.

Par ailleurs l’intelligence artificielle nourrie par le Big data ou le Cloud, collecte toutes nos données personnelles passant par le numérique, nous privant ainsi de notre intimité ; véritable atteinte à la dignité de l’homme. Il nous connaît mieux que nous-mêmes. C’est déjà un gigantesque mouchard à la disposition de tous. Nous ne serons jamais protégés intégralement. Les transhumanistes nous font faire une sorte de deal : Vous vous livrez à nous intégralement et en échange vous aurez une vie plus longue, voire l’immortalité.

Serge Tisseron, du Parlement européen, a développé l’enjeu majeur de la robotisation. La tendance est de prendre les robots pour des hommes alors qu’ils ne le sont pas. L’intelligence artificielle n’est pas une vraie intelligence au sens humain.

Les implants cérébraux sont une véritable révolution. Ce sont en pratique des prothèses artificielles implantées dans l’encéphale. Un exemple récent a été donné par cette neuroprothèse permettant à Bill Kochevar, tétraplégique, de commander son bras par la pensée. Ils sont très utilisés pour soigner certaines maladies comme la dépression ou la maladie de Parkinson.

Les idées des transhumanistes se répandent progressivement dans tous les pays européens. Une de ces armes les plus puissantes est celle de la modification de notre génome par le CRISPS Ca9 inventé par la chercheuse française Emmanuelle Charpentier. Elle pourra en pratique modifier ce que nous sommes. Certains intervenants sont allés plus loin par rapport à ce que je répète dans mes conférences : le transhumanisme n’est pas seulement une idéologie mais une sorte de religion visant à remplacer Dieu. Il s’agit de donner à l’homme des capacités que Dieu ne lui a pas données. En ce qui concerne les robots, ils nous dépassent déjà dans un certain nombre de fonctions.

Une intervention très importante : celle du professeur Jacques Testard (le père de la fécondation in vitro) qui s’insurge : « Modifier la nature de l’espèce humaine ? De quel droit ?  Car le transhumanisme propose, au final, la mort de l’humanité » ; ce qui rejoint le titre de mon ouvrage : La fin de l’espèce humaine. C’est aussi le point de vue de  Stéphen Hawking le plus grand  des savants vivant actuellement : « Le développement d’une intelligence artificielle complète pourrait mettre fin à la race humaine ».  L’homme réparé n’est pas l’homme augmenté. C’est ce dernier qui fera de notre espèce des cyborgs, des hommes-machines.

La conclusion posée par le Pr Lledo cité plus haut est simple : le problème fondamental, « ce n’est pas ce qu’on peut faire des données numériques, mais ce qu’on veut en faire »   (À suivre).

Jean-Pierre Dickès

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