Virginie Vota – « Faites ce que vous voulez » mais adorez la république !

La couverture du journal Libération affichait une étrange une, pour son numéro du 6 et 7 mai 2017 : “FAITES CE QUE VOULEZ MAIS VOTEZ MACRON”, pouvait-on y lire. Décryptage d’un procédé de communication perverse propre à la gauche, que nous subissons au quotidien.

« Faites ce que vous voulez » : L’homme tend naturellement vers ce qui est bon pour lui. Il veut ce qui lui procure du plaisir et satisfait ses désirs. La liberté républicaine ne consiste vraiment à « faire ce que je veux » (Voltaire). Cette définition de l’Encyclopédie se révèle incomplète. « Je fais ce que je veux », à la condition de vouloir ce que le pouvoir veut, parce que ce-dernier sait mieux ce qui est bon pour moi et pour le « peuple ». Il veille au bien de tous, le « bien commun » (Rousseau). Ainsi, pour vouloir ce qui est bon, les esprits doivent au préalable atteindre la « majorité », grâce à la philosophie des Lumières, c’est-à-dire, comprendre ce que le pouvoir trouve bon. On nomme cela les « valeurs de la République ». La pleine adhésion des citoyens à ces valeurs (réputées bonnes) constitue le pilier à la République jacobine. Si les « valeurs de la République » sont bonnes, il ne peut pas y en avoir d’autre sous peine d’entrer en contradiction avec elles. Ainsi, par l’éducation, tout citoyen est censé savoir ce qui est bon. Celui qui refuserait le bien proposé par la République ne pourrait être qu’un méchant, de la même manière que l’homme qui refuse d’obéir aux commandements de Dieu pour aller au Paradis (péché mortel) : sa place est donc en enfer.
« Mais votez Macron » : le système délivre son message à l’impératif. Il s’agit d’un ordre. Son candidat est Macron. Il représente le bien du système, les « valeurs de la république » précédemment citées. Les citoyens, qui aspirent au bien, ont donc le devoir de voter pour lui. Plus encore, ils doivent le vouloir. En effet, ils ne peuvent pas ne pas vouloir « voter Macron » puisqu’ils veulent le bien. Tel est l’effet produit par l’association des deux messages.

Je veux ce qui est bien + Je fais ce que je veux = Je vote Macron

La politique républicaine n’exige pas la participation des citoyens : seulement leur assentiment. La liberté se trouve circonscrite dans certains domaines : loisirs, vie familiale, travail, etc. hors de tout champ décisionnel.

L’instruction du citoyen avait, dès 1789, pour objectif d’inculquer les principes moraux (« vertus » selon Robespierre) nécessaires à leur adhésion, après la Révolution, au nouveau régime mis en place : en réalité, il ne s’agit pas d’une construction politique mais d’une véritable patrie idéologique érigée sur la perversion de l’ordre naturel. La forme des institutions ne fonde pas la République jacobine : celle-ci se rattache à une nouvelle morale, une nouvelle société, à laquelle les citoyens (les Hommes nouveaux) adhèrent avec le « contrat social » de Rousseau. Défendre les « valeurs de la République » devient alors un devoir moral pour prouver son adhésion à l’idéologie. La République ressemble à un nouveau Dieu qui veut le bien commun, le bonheur universel et la paix perpétuelle : elle donc est bonne.

Tout candidat qui s’en écarterait serait donc mauvais. Il commet un péché mortel contre la République, ce qui semble pour elle « impardonnable ». Celui qui s’oppose à Dieu est le Diable. Il complote, il trahit, il ment, il « collabore »… C’est pourquoi les partis qualifiés d’extrême-droite ou les mouvements identitaires qui luttent pour la France (et non pour la République) sont diabolisés et accusés de mensonge. La République s’est construite à rebours du Catholicisme.

Par exemple, Marine Le Pen (méchante) ment forcément face à Macron (le bien) :

Les médias de la République se chargent d’informer les citoyens de ces mensonges, ou de ces méchancetés pour qu’ils puissent vouloir ce qui est bon… pour la République jacobine. Ces candidats diaboliques sont très utiles au système. Ils mettent en valeur l’existence de « bons candidats ».

Macron incarne parfaitement cet exemple. C’est pourquoi il a repris le terme de « patriotes » lors de sa campagne. Le mot a été perverti lors de la Révolution française. Il ne se réfère plus à la Patrie réelle (la terre des Pères, donc de nos rois, le royaume de France) mais aux « patriotes jacobins » qui luttent pour instaurer la Patrie légale ou idéologique : la République française.

« Le mot Patriotisme a deux sens, à la fin du XVIIIème siècle. Il existe dès 1788 – dès 1770- un patriotisme, celui des Sociétés de pensée justement, qui n’a rien du nôtre que le nom. […] Il anéantit tous les petits patriotismes, au nom du grand, de l’unité nationale, le seul substituant aujourd’hui de tant de liens qui attachaient un Français d’alors à son pays. Et de là ce nom de patriotisme, dont le sens n’est ici que négatif : il s’agit bien plus de tuer les petites patries que de faire vivre la grande… […] Parlementaire en 1788 pour enrôler les villes, il était National en 1789, pour dissoudre les provinces et les corps. Et ce patriotisme extensif ne s’en tient pas là. […] Il est Européen en 1791, à la veille de la guerre : les Jacobins se voyaient alors à la tête d’une république européenne. »

« Le Patriotisme jacobin n’est qu’une des branches de cette morale philosophique, tirée de Hume et de Hobbes, et fondée de l’aveu même de ses pontifes, sur le grand principe de « l’Amour-Propre ».

Augustin Cochin, Les sociétés de pensée

Il faut remarquer, à cet effet, que dans l’expression « République française », le terme « française » n’est plus qu’un adjectif, qui qualifie la République. En effet, la France n’est plus que le « cadre » de la République. Nous expliquerons, plus en détail, dans un autre article (lien à venir) de quoi il en ressort.

Procédé cognitif : N’oublions pas que le journal cible l’ensemble des citoyens, soit des esprits préalablement malléable ou pétris de l’idéologie républicaine. Quel que soient ses opinions politiques (adhésion à un des partis proposés par la République), tout observateur regardant brièvement la couverture de Libération va imprimer les deux injonctions dans sa mémoire. Elles vont s’associer, de manière inconsciente, pour délivrer un message subliminal beaucoup plus significatif : « je fais ce que je veux » et « je vote Macron ». Je fais ce que je veux, donc je vote Macron. Ce qui nous donne finalement : je vote Macron parce que je le veux.

Ce message revêt une influence lorsqu’il est mis en perspective avec le bagage idéologique (précédemment expliqué) dont tout citoyen est imprégné sur les bancs de l’Education nationale ou par l’exposition quotidienne aux médias (il suffit, par exemple, d’entendre les propos d’un candidat à la radio ou d’apercevoir une affiche dans la rue).

Notez l’agencement des mots sur la couverture : les verbes « voulez » et « votez » sont placés l’un au-dessus de l’autre, si proches qu’ils sont embrassés d’un seul coup d’œil.

Lorsque G. Orwell écrivait, dans son roman 1984, que « la liberté, c’est l’esclavage », nous en avons précisément une illustration avec cette couverture du numéro de Libération (6 et 7 mai 2017). La liberté républicaine consiste à obéir aux injonctions des dirigeants tout en se croyant libre d’accomplir sa propre volonté. Elle n’est possible qu’une fois les esprits asservis à son idéologie, de telle sorte que les citoyens s’identifient à la volonté du pouvoir en place et ne puissent en aucun cas menacer sa puissance ou contester sa légitimité. C’est pourquoi, les médias constituent des instruments de propagande si efficaces, capables de toucher toutes les classes sociales, tous les individus quels que soit leur âge et leur sexe.

Dans l’opinion publique, les médias sont censés informer. Ils ont un devoir de vérité. Telle est l’image fabriquée par la République à leur sujet. En réalité, les médias véhiculent l’idéologie de la gauche et l’implantent, par différents procédés de communication dite « perverse » dans les esprits.

Virginie Vota

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